Les jardins d'albertas

HISTORIQUE


L’histoire des Jardins d’Albertas

De nouvelles recherches nous permettent de remonter jusqu’aux années 1650 pour retrouver les origines du jardin. Henri de Séguiran, Premier Président de la Cour des Comptes et Lieutenant des Mers pour le Cardinal de Richelieu, est seigneur de Bouc. C’est lui qui a entrepris les réparations nécessaires à son château fortifié, dont les restes dominent toujours le village, et a fait de nombreux achats de jardins « en dessous de la fontaine » du village, lieu privilégié pour la culture des légumes, pour donner l’espace nécessaire au jardin d’agrément.

Des maîtres jardiniers de Marseille y créent des parterres de buis, l’un avec une grande fontaine en marbre au milieu, une tonnelle, un petit pavillon, une tèse et des allées d‘ormes, chênes, peupliers et noisetiers. Des « travailleurs » de Bouc creusent des réservoirs et conduites d’eau. De Cavaillon viennent des arbres fruitiers –poiriers, pommiers, pruniers, cerisiers et pêchers. Le jardin fournit les légumes qu’il faut pour la table du seigneur, ainsi que des salades, melons, asperges et fraises.


Lors du décès de son fils, Reynaud, en 1678, le jardin ressemblerait plus à son état actuel. Nous savons qu’il y avait quatre grandes statues (« le Gladiateur… Mars… un frondeur… Hercule…), huit tritons en pierre de Calissanne et des jets d’eau, cascades, bassins et le « dôme des coquillages » (salle de fraîcheur).

En 1673, par son mariage avec Magdeleine de Séguiran, Marc Antoine d’Albertas entre en possession de la terre de Bouc. Nous savons peu de chose des travaux continués par leur fils, Henri Reynaud d’Albertas, à son tour Premier Président de la Cour des Comptes, à qui nous devons la création de la remarquable place d’Albertas à Aix. Son fils, Jean-Baptiste possède un jardin encore plus riche en bassins et sculptures, mais, en vrai passionné de plantes et de paysages, il trouvera dans ses terres de Gémenos la place qu’il lui faut pour réaliser un cadre exceptionnel de jardins à la française et, dans le vallon de Saint-Pons, de jardins plus romantiques. Le plan daté de 1751 des jardins de Bouc (qui a fait daté les jardins du XVIIIème pendant des générations) semble montrer une idée d’aménagements possibles, avec l’emplacement d’un château, jamais réalisé.

Le 14 juillet 1790, Jean-Baptiste d’Albertas est assassiné à Gémenos alors qu’il offre un banquet à la Garde Nationale en l’honneur de la fête de la Fédération. Son fils Jean-Baptiste Suzanne sera ensuite fait pair de France par Louis XVIII et nommé préfet des Bouches-du-Rhône. Pour ce dernier, Bouc sera son « jardin de ville… une tabatière » qu’il surveille sans cesse, de près ou de loin, précisant le choix de cerisiers à planter, gérant ses domaines avec soin, partageant avec son fils, Alfred, le plaisir du souvenir des paysages et du soleil provençal quand, tous les deux, ils passent du temps à Paris.

 





Restauration des jardins

En 1949, Jean d’Albertas entame une campagne de restauration des jardins, abandonnés alors depuis plus d’un demi-siècle.

A l’époque, les arbres poussent dans les bassins vides et les statues disparaissent sous la végétation. Les anciens du village se souviennent du « parc de la Belle au bois dormant ».
Défrichages, reprise des réseaux de canalisations, gros travaux de maçonnerie et plantations permettent de retrouver la structure des jardins.

En 1960, les jardins sont inscrits à l’ « inventaire supplémentaire des Monuments Historiques ».
Suivent 40 ans d’entretien familial dans le cadre de l’exploitation agricole de la propriété.

En 1990, après le classement au titre des Monuments Historiques, la famille décide d’ouvrir les jardins à la visite et de lancer avec le Ministère de la Culture et l’aide du Conseil Général des Bouches-du-Rhône une série de campagnes de restauration.

Après une « étude préalable » réalisée par Didier Repelin, Architecte en chef des Monuments Historiques, c’est une campagne menée par un « archéologue de jardins », Anne Alimand, qui permet de confirmer que les plans originaux, actuellement dans les archives familiales, ont bien été réalisés dans le détail. Le parti de restauration alors choisi est de recréer les jardins tels qu’initialement réalisés.

Depuis 1993 ont été entrepris la restauration du réseau hydraulique, du «bassin des tritons», de l’essentiel de la statuaire, des murs structurant les terrasses, de la nappe d’eau. La terrasse des parterres a été entièrement refaite ainsi que les plantations de buis et de chênes verts. L’allée d’accès a été replantée selon les alignements d’origine. Les bassins et jets de la terrasse des parterres seront également reconstitués.

 

Une œuvre de longue haleine qui est aussi une passion et un projet qui associe trois générations de la famille autour d’un patrimoine transmis depuis plus de trois siècles.



Le grand amour de Casanova

A l’automne 1749, près de Bologne, Casanova rencontre une mystérieuse provençale qui sera sa plus romanesque aventure. Sans avoir dévoilé sa véritable identité «Henriette» disparaît après quelques mois de passion commune.
En mai 1763, le vénitien s’arrête par hasard au Château d’Albertas à Bouc où il croise sans le savoir Henriette qui, voilée, ne se découvre que plus tard dans un bref message. En février 1769, il tente en vain de la revoir. Des recherches récentes permettent de penser qu’il s’agissait de Marie-Anne d’Albertas, épouse de François Bougerel de Fontienne, Conseiller du Roy en la Cour des comptes de Provence que présidait alors Jean-Baptiste d’Albertas.
Réf. Mémoires de Casanova - Recherches de M.H. Watzlawick - 1993

Les jardins

Comme à Gémenos, c’est un site exceptionnel; un vallon, véritable théâtre de verdure, et surtout la présence de l’eau, miraculeuse en Provence. Un sens aigu de l’architecture et des volumes transparaît dans la mise en forme du site. Terrasses, murs, bassins structurent le paysage et font référence à la fois à la tradition du jardin «à la française» (Lenôtre, d’Argenville), et aux influences italiennes si présentes en Provence et à Aix. Ainsi, les différentes terrasses ménagent des surprises successives au promeneur. Les quatre statues monumentales d’Hercule, du Gladiateur, de David et du gladiateur Borghèse sont peu communes dans les parcs provençaux. L’art des fontainiers a canalisé l’eau des quatre sources en un réseau complexe de galeries, citernes, voûtes, vannes et bassins qui surversent les uns dans les autres. L’utile et l’agréable se rejoignaient; le réseau hydraulique permettait le jaillissement des fontaines les jours de fêtes, mais il accumulait aussi, grâce aux bassins, les réserves d’eau nécessaires à l’arrosage des terres cultivées. De même, le «Boulingrin» (prairie) entre le grand canal et le bassin des Tritons (dit des 17 jets) était orné sur le plan d’origine (daté de 1751) par un jardin potager. Comme à Villandry, les variétés de légumes constituaient un magnifique décor de formes et de couleurs. Au-dessus des quatre Atlantes, la terrasse des parterres, conçue pour être découverte des terrasses supérieures, ouvrait le paysage du vallon et attirait l’œil par ses bordures de buis et ses bassins et jeux d’eaux.

Le rêve inachevé

Probablement inachevées puis laissées à l’abandon les terrasses supérieures sont ombragées par des bosquets romantiques qui incitent à la promenade et à la rêverie le long des allées et auprès de bassins noyés sous la végétation.